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La Voie-x des femmes: Révéler l’économie informelle dans l’espace public

Manel ben hassouna

De Lomé à Tunis, les femmes dans l’espace public sont les gardiennes majoritaires d’une économie de la survie qui s’approprient les « communs » urbains, ce qui permet d’entretenir, parfois d’aménager et de transformer des espaces, rues souvent délaissées par le politique et récupérées au service de besoins fondamentaux; sociaux et économiques. On vous partage un retour d’expérience qui nous vient du grand Tunis, fruit d’un projet associatif d’accompagnement de 10 femmes boulangères de la cité Aicha, située dans la commune de Mourouj au Sud du grand Tunis, des actions déployées en deux phases. Le projet porté par les femmes boulangères du quartier et les membres de l’association DAAME propose une approche collaborative des aménagements autour des espaces productifs, identitaires, présents de façon informelle dans les espaces publics d’un quartier en transformation. L’objectif principal du projet étant de co-fabriquer des espaces de travail dignes pour faire ville autrement, avec et pour les femmes boulangères. L’aventure humaine à l’issue de cette démarche a été très riche mais nombreux ont été les obstacles et les freins au déploiement du projet mettant à l’épreuve les ambitions de l’association, sa capacité d’accompagnement et sa volonté de répondre à l’ensemble des besoins des femmes boulangères de la cité Aichae. C’est ainsi le récit de 4 années de convergence des luttes issues de rencontres entre des citoyens, des professionnels de la ville, la collectivité, des étudiants, les usagers et utilisateurs de la rue rebaptisée par les porteurs du projet « La voie -x des femmes »

Un contexte urbain, des usagers, des besoins et des défis

Le grand Tunis est une agglomération, assemblage d’une mosaïque sociale disparate et reflet d’une forte ségrégation spatiale. Selon Abdelala Bounouh docteur en géographie et planification urbaine, une croissance urbaine dès le début des années 70 et plusieurs vagues de politiques de réhabilitation urbaine ont forgé le visage actuel de la ville et de ses périphéries. La Commune de Mourouj est le fruit des politiques publiques qui tendent à accompagner cette explosion urbaine en lotissant des parcelles d’habitation qui répondent à des besoins de logements abordables au détriment de terres agricoles fertiles (arboriculture et maraîchage). Des fonciers sous tension qui se transforment de façon formelle et informelle et qui accueillent diverses formes d’improvisations et appropriations de l’espace public

La commune rassemble un ensemble de quartiers stratégiquement implantés dans un bassin économique et industriel à fort rayonnement sur le grand Tunis. On y trouve plusieurs polarités économiques stratégiques comme le marché du gros, à quelques minutes de notre site, mais aussi un tissu économique dit de proximité qui répond aux besoins et services quotidiens des habitants du quartier. Les femmes boulangères au cœur du projet que nous souhaitons vous partager sont à la base de cette économie de proximité qui profite aussi d’une clientèle venue de loin pour le marché de gros. Léa Lambert membre de l’association DAAME depuis 2022 et co-organisatrice du chantier de la phase 2 in situ, nous raconte :

« Ces femmes produisent du pain traditionnel dans des fours en terre en argile. Elles sont organisées autour d’une rue à cheval entre la commune de Mourouj et la commune de Ben Arous. Ces femmes sont voisines, elles vivent dans le même quartier mais sont séparées par une frontière administrative bien réelle. Chacune d’entre elles a construit un petit atelier en face de sa maison, dans laquelle elle vit avec sa famille, juste de l’autre côté de la route … » 

La rue est donc devenue, par l’usage, une continuité de «chez elles». On y observe des espaces en autogestion avec des ateliers de fortune implantés en bordure de route et qui abritent cette activité nourricière souvent essentielle aux foyers :

« Sur l’un, c’est une bâche en plastique qui fait office de toiture, sur l’autre c’est un assortiment de planches de bois, le tout calciné et noirci au rythme de l’allumage des fours…» 
Anciens ateliers sur le domaine public. Ateliers-abris initiaux fait de réemploi de différents matériaux : bâches en plastique supports en bois et autres matériaux composites. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright Rachid Ben Attallah.
Anciens ateliers sur le domaine public. Ateliers-abris initiaux fait de réemploi de différents matériaux : bâches en plastique supports en bois et autres matériaux composites. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright Rachid Ben Attallah.

Ces femmes travailleuses de l’économie informelle, occupent illégalement l’espace publique. Elles sont régulièrement stigmatisées par les habitants du quartier, menacées d’expulsion, ou mises en danger par la structure fébrile des ateliers qui semblent proche de s’écrouler. Pourtant, lors du mois de Ramadan, les clients font la queue par dizaines devant chacun des ateliers. Juste avant la rupture du jeûne, les fours tournent à plein régime et un grand nombre de Tunisois font plusieurs kilomètres pour venir acheter leurs « khobs tabouna » - nom que porte un Pain ancestral cuit dans des fours en terre nommé « Tabouna », à la Cité Aicha. » 



La voix de la révolution sociale tunisienne a été portée dans sa genèse par un marchand de rue, nommé Mohamed Bouazizi, représentant de cette économie informelle, de cette énergie de la débrouillardise en quête d’un gagne-pain, de dignité, de reconnaissance et de protection dans une société qui la marginalise et qui l’évoque à travers ces nuisances et sa précarité.  

Les membres de la jeune association, guidés par la ligne directrice de leur engagement, à savoir l’accompagnement des femmes qui pratiquent une activité professionnelle sur les limites de l’espace public, ont répondu présent quand la municipalité a porté à leur attention cette organisation humaine et configuration spatiale identitaire.

Au-delà de penser des abris il était question de penser des espaces à multiples-usages ; une rue qui répond à la chronotopie des différents besoins, des différents usages :

« s’abriter, faire du pain dans des fours en terre, prendre le temps de se rencontrer, végétaliser, s’asseoir, faire son jardin potager, stocker du bois, vendre du pain etc. ».

Très vite le projet va prendre une dimension urbaine, au-delà des ateliers c’est les interphases avec la rue, avec le voisinage, avec les espaces de circulation qu’il a fallu définir et aménager.

La genèse du projet est issue de la rencontre entre les femmes de la cité Aicha, les agents de la municipalité et la fondatrice de l’association Daame, Chiraz Gafsia nous raconte :

« Au commencement, c’est une initiative municipale, dès 2018, portée par une envie de donner un meilleur cadre de vie aux femmes de la cité Aicha, de mieux les intégrer au quartier. Une initiative inspirée par la démarche de co-construction de l’association DAAME à Hay Hllel, projet financé par un fond du CCFD - Terre Solidaire et qui avait pour Objectif l’accompagnement des femmes potières dans la création d’espaces de travail dignes à Hay Hllel. »  

L’association a immédiatement répondu présente et a partagé son intérêt à accompagner à la fois la municipalité et les femmes dans la définition des besoins, l’écriture d’un projet, la recherche de financements et sa mise en œuvre. A partir du moment où l’association a répondu à un appel à financement avec ce projet, l’Institut Français de Tunis a accordé sa confiance à DAAME avec un fond qui a permis de lancer les activités et le partenariat avec la municipalité de Mourouj. Dès les premiers échanges, l’association a sensibilisé la municipalité à l’importance de définir un cadre légal dans lequel s’inscrit la collaboration avec l’accord des femmes. Une convention qui associe la municipalité et l’association DAAME, un cadre qui s’inscrit dans la décentralisation en cours. 

Comme l’indique Chiraz Gafsia : 

« Il nous a fallu une année pour nous accorder et signer ce document clé qui a permis de légitimer les actions et les accompagnements de l’association aux yeux des représentants de l’État décentralisé, des habitants et des autorités y compris la police. Il ne faut pas oublier que nos actions avaient aussi pour impact de légaliser une activité du secteur informel – dite illégale, par des aménagements d’espace public qui aideraient à reconnaître le rôle des femmes dans le quartier, et l’importance du savoir-faire dont elles sont les ambassadrices… »

Parmi les attentes envers la municipalité, les membres de l’association évoquent la délivrance des autorisations d’occupation des ateliers- lieux de travail ouvert sur l’espace public et la reconnaissance du statut d’artisane de ces femmes par l’état décentralisé, ce qui leur donnerait sur le long terme accès à des droit sociaux. Malheureusement la fragilité de la municipalité à l’époque n’a pas permis à l’association d’obtenir des autorisations d’occupation pour l’ensemble des dix ateliers, la municipalité a préféré faire un accord au cas par cas, au fur et à mesure de la livraison des ateliers affectés, « un conditionnement qui a limité l’impact de notre approche…» constate Chiraz Gafsia. 

Selon la convention de partenariat, la municipalité devait jouer un rôle de partenaire de tous les instants, être présente et engagée dans toutes les phases du projet y compris le chantier  et ce pour: Le nettoyage des emprises du projet avant le démarrage des opérations, pour les activités en lien avec l’aménagement des trottoirs en fournissant des pavés autobloquants et en veillant aux respect de la gestion des eaux pluviales. 

L’élagage des arbres et haies vives sur les limites séparatives (Public/Privé). Par ailleurs, l’équipe de DAAME a beaucoup insisté, dès le démarrage sur la part pédagogique et le rôle central de médiateur que devait jouer la municipalité dans les rapports avec les voisins privés-promoteurs. 

Selon Chiraz Gafisa :

« La municipalité a joué son rôle dans la première phase mais a été beaucoup moins présente dans la deuxième… Au total, nous avons connu 4 vagues de référents côté municipalité, entre la première phase et la deuxième : équipe initiale, dissolution des conseils municipaux, représentations par intérim, nouvelles nominations et donc nouvelle équipe… Il est évident que cette configuration nous a fortement ralenti, fragilisé et a causé beaucoup d’allers-retours pour assurer le suivi et reconstruire à nouveau des liens de confiance avec chaque nouvelle équipe. Une configuration qui a aussi allongée les temps de validation et qui a occasionnée des retards dans la planification initiale et avec cet étalement dans le temps, une forte inflation dans le budget estimatif de départ…» 
Réunion publique. Co construction du projet avec les femmes artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright DAAME.
Réunion publique. Co construction du projet avec les femmes artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright DAAME.
Réunion publique. Courte description: Co construction du projet avec les femmes artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright DAAME.
Réunion publique. Courte description: Co construction du projet avec les femmes artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright DAAME.

Côté méthodologie, les membres de l’association ont structuré le travail autour de cinq temps forts. Un premier temps où il a été question d’aller à la rencontre des femmes de la cité Aicha et d’identifier 15 boulangères qui travaillent dans la rue sur les deux emprises administratives coté Ben Arous et Mourouj (observation, construction de la relation de confiance, accompagnement dans les temps de production du pain, diagnostic de l’existant, aller à la rencontre de la rue de ces usagers et utilisateurs et comprendre leurs rapports avec l’activité des boulangères etc.). 

Le second temps est ainsi parallèle au premier et concerne la rencontre de l’équipe projet avec les services municipaux, pour construire une relation de confiance et co-écrit le cadre partenarial ; finalement seule une municipalité s’est engagée dans le projet. Dans un troisième temps il a été question de déployer des échanges et des outils de Co-conception du projet avec les parties prenantes : maquette, tracés au sol, supports graphiques et échanges sur les plans et montages. 

Le quatrième temps a été consacré au montage d’une équipe chantier avec une volonté d’impliquer des artisans et des ressources locales (le grand Tunis) voir du quartier quand cela est possible. Et enfin un cinquième temps pour le lancement d’un chantier participatif - école avec implication des parties prenantes, y compris les partenaires municipaux et financiers. 


Chantier participatif. Les habitants du quartier participent activement au chantier. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright Rachid Ben Attallah.
Chantier participatif. Les habitants du quartier participent activement au chantier. El Mourouj, Cité Aicha, 2022, Copyright Rachid Ben Attallah.

Ce sont des moments fédérateurs qui ont révélé des vocations chez les proches des boulangères et autres curieux du quartier qui sont venus prêter main forte ou apprendre à construire avec des techniques innovantes comme la mise en œuvre des bancs en BTC ou en SuperAdobe. 

Dans la phase 2, le partenariat avec l’École Nationale d’Architecture d’Urbanisme (ENAU) nous a permis d’impliquer les élèves de l’école dans le cadre d’un atelier thématique, directement sur le chantier ; une rencontre qui a marqué les esprits et le projet avec une valeur pédagogique et des liens humains forts dans la mémoire de la rue et de ces usagers.



Des impacts et appropriations observées

Aujourd’hui, sur le commun urbain de la voix-e des femmes, une transformation physique est notable ; 4 ateliers et 4 espaces publics ont fait l’objet d’aménagements, de mobiliers urbains et d’espaces paysagers. Bien loin de l’objectif de départ, l’association a dû s’adapter et faire avec les différentes contraintes et freins. Un des impacts observés sur le site depuis la réalisation de la première et la deuxième phase du projet est l’augmentation du nombre de femmes artisanes du quartier sur la voix particulièrement coté Ben Arous (l’association estime une augmentation de plus de 50%). Les aménagements ont donc, en partie, participé à la dynamique économique du secteur en créant un engouement et une certaine sécurisation qui a été favorable à la création de nouveaux emplois avec une perspective possible d’une couverture sociale pour les femmes boulangères et leurs familles.


Un nouveau lieu de travail. Évolution du module atelier-abris issue de la 2ème phase du projet. El Mourouj, Cité Aicha, 2024, Copyright DAAME.
Un nouveau lieu de travail. Évolution du module atelier-abris issue de la 2ème phase du projet. El Mourouj, Cité Aicha, 2024, Copyright DAAME.

Le revenu des femmes demeure stable avec un pain qui coûte plus cher à la vente en raison de l’inflation (1dinars en 2025 contre 800milimes en 2023-2024), des ventes qui s’alternent entre un minimum de 100 pains par jours jusqu’à 600 pains dans les temps fort du mois de Ramadan. Des conditions de production et de vente que les boulangères définissent comme :

« dignes avec un regard agréablement surpris des clients qui peuvent prendre le temps de discuter, de consommer un thé à l’abri de l’atelier…»

Des appropriations remarquables, des structures des ateliers sont observables sur le site mais aussi et surtout une privatisation des espaces paysagers qui les prolongent : 

« Les femmes boulangères coté Mourouj ne sont pas dans le partage, c’est une limite notable, les espaces publics qui prolongent les ateliers ont été clôturés et aménagés pour des fins privatifs, une action avec un effet domino qui exprime à la fois un besoin et une crainte du voisin, du vandalisme, qui nous questionne…» 
Jardin potager sur le domaine public. Privatisation des interfaces des ateliers sur le domaine public au profit de jardins potagers pour des usages communautaires. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright Rachid Ben Attallah.
Jardin potager sur le domaine public. Privatisation des interfaces des ateliers sur le domaine public au profit de jardins potagers pour des usages communautaires. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright Rachid Ben Attallah.
Faika Bejaoui de l’association Daame nous partage ces réflexions suite à notre visite commune sur terrain « Maintenant il y a une grande confiance entre nous et les femmes… Elles nous expriment plus leur avis qu’au départ, mais comment les aider à mieux vivre ensemble à travers le projet ? »

Faika Bejaoui se pose la question à la vue des jardins potagers clôturés qui fleurissent ici et là sur le bord de la rue entre les ateliers. Des transformations qui s’étalent sur les espaces citoyens intermédiaires avec une municipalité qui ne joue pas son rôle de modérateur et de gardien des communs.

« C’est très individualiste coté Mourouj, il n’y a pas de lien fort entre les femmes, si c’était à refaire on commencerait toujours par les ateliers mais il faut en parallèle accompagner une organisation des femmes et par la suite assurer un suivi des ateliers après la livraison du projet, pour ajuster en fonction de l’intelligence collective des usages et écrire une sorte de charte qui conditionne les occupations des ateliers pour éviter les dérives…
Formes d’appropriations des nouveaux ateliers. Aménagements et adaptations des nouveaux ateliers par les femmes boulangères. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.
Formes d’appropriations des nouveaux ateliers. Aménagements et adaptations des nouveaux ateliers par les femmes boulangères. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.
Faika B. finit par conclure : « qu’il est aussi important d’observer les appropriations et extensions qui se sont opérées autour du projet, loin des fantasmes projetés d’un espace public utile et ouvert à tous, il est clairement question pour les femmes d’avoir une forme d’intimité dans le public, n’en déplaise aux co-concepteurs que nous sommes (rire) » 

Un espace à elles, dont l’accès est possible sous certaines conditions et dont les limites nécessitent une matérialisation claire. Concernant ces ajustements après mise en œuvre, Salouha femme boulangère nous partage son retour d’expérience

« il faut vraiment pouvoir fermer et ouvrir l’atelier, pour que les jeunes du quartiers ne viennent pas boire ici… pour que personne ne casse la Tabouna et le matériel et surtout pour se protéger du vent de la pluie et du soleil qui rend notre travail insupportable l’été » m’expliquent Salouha à l’abri de son atelier, 35 degré à l’ombre, il est 11h du matin à Mourouj au mois de juin, des températures anormales pour la saison et des conditions qui vont empirer dans les prochains mois.

Des évolutions nécessaires et des perspectives possibles pour la suite  

« Cette article tombe bien, car il nous permet de faire le bilan, de prendre de la distance pour mieux faire, dans les éventuelles phases à venir » Affirme Faika.B

Les droits sociaux pour les femmes de la cité Aicha représentent un objectif important à réaliser dans la projection à venir des activités de l’association sur le site (certaines femmes ont déjà fait la démarche à ce jour, d’autres pas…). L’association a par ailleurs identifié des perspectives d’appui possible coté ministère de la femme pour poursuivre la marche en avant et accompagner les femmes vers une reconnaissance de leur statut d’artisane et de leurs droits.   

Sur les 15 femmes identifiées au départ, uniquement 10 femmes ont bénéficié d’un travail d’accompagnement pour repenser leurs espaces de travail. Sur ces 10 femmes, uniquement 4 femmes ont bénéficié de la construction d’un atelier attitré pour chacune, un nombre bien en dessous des projections de l’association mais qui s’explique par un contexte politique complexe (obstacles et difficultés avec les municipalités et les limites de leurs gouvernances).

Toutefois, la rue et le quartier ont vu une réelle transformation suite au projet avec des structures remarquables qui accompagnent les usages et usagers existants et qui donnent une place centrale à la rue et à ces dynamiques dans la vie du quartier avec au centre les femmes et leur savoir-faire. Les nombreuses appropriations sont une forme de réussite du projet à intégrer au processus de création des espaces à venir, un suivi de ces transformations aide les accompagnateurs concepteurs à faire évoluer les aménagements et à les améliorer. Selon les membres de l’association, le retour positif du bailleur et l’expression de son souhait pour continuer à soutenir l’association dans le déploiement du projet les encourage dans le développement d’une troisième phase qui intégrera les questionnements autour des actions passés et des appropriations présentes ainsi que les limites structurelles internes ou encore les limites de gouvernance déjà rencontrées.


Echanges, suivi et évaluation. Comment préparer l’avenir en partant des retours d’usages des artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.
Echanges, suivi et évaluation. Comment préparer l’avenir en partant des retours d’usages des artisanes. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.

Entre échecs et réussites le projet se veut le porte-voix d’un espace public collaboratif, vivant et inclusif

Dans sa phase expérimentale en cours, ce projet permet d’observer comment ce type d’intervention peut jouer un rôle dans la légitimation de la place de la femme dans l’espace public, dans la participation à la reconquête de sa dignité, en rendant visible, et en valorisant sa pratique professionnelle trop longtemps stigmatisée. Cela passe aussi par la reconnaissance de son statut d’artisane, offrant de nouvelles perspectives d’organisation collective et de protection sociale. C’est un objectif qui nécessite une plus grande implication de l’association en partenariat avec l’État. Le projet a été ainsi un formidable laboratoire d’observation des dynamiques du genre, des improvisations et appropriations qui questionnent les parties prenantes sur leurs impacts réels et sur les méthodes d’accompagnement des acteurs de cette économie essentielle et vulnérable à la fois. 

La capitalisation sur ce type d’intervention est précieuse pour donner de nouvelles définitions des espaces publics inclusifs sur notre continent. Ces derniers se situent ainsi à la croisée d’un processus évolutif où le suivi et l’ajustement des aménagements font partie intégrante de la vie d’un projet urbain à haute valeur humaine.


Jardin potager sur le domaine public. Privatisation des interfaces des ateliers sur le domaine public au profit de jardins potagers pour des usages familiales. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.
Jardin potager sur le domaine public. Privatisation des interfaces des ateliers sur le domaine public au profit de jardins potagers pour des usages familiales. El Mourouj, Cité Aicha, 2025, Copyright DAAME.



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